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Bonne lecture.

Le chapeau de l'Empereur

Le musée de l'Armée présente la dernière demeure de Napoléon à Sainte-Hélène.

Imagine-t-on Napoléon finissant ses jours dans un palais parisien ou sur un domaine agricole de l'Amérique du Nord ? En choisissant d'enfermer l'Aigle en plein Atlantique Sud dans une cage située à 2 000 km des premières côtes africaines, le gouvernement britannique dirigé par Robert Jenkinson, deuxième comte de Liverpool, redonnait à l'Europe une stabilité politique ; il mettait aussi, involontairement, la touche finale à une fresque épique à laquelle seul le martyre avait jusque-là manqué.

Six années durant, Napoléon, prisonnier du climat morbide de Sainte-Hélène, coupé du monde par l'océan, espionné par le tatillon Hudson Lowe - gouverneur de l'île à qui il ne cessait en retour de faire des niches -, entouré de « fidèles » qui attendaient de pouvoir rentrer en France, parvint une nouvelle fois à dominer les éléments. Il réussit le tour de force de sculpter dans son domaine de Longwood sa statue pour la postérité.

Restituer l'ambiance de la petite cour qui régnait autour du « general Bonaparte », selon la dénomination imposée par le geôlier anglais, a été grandement facilité par la présence du mobilier impérial venu en France en 2013 pour y être restauré, grâce au soutien de l'actuel gouvernement de Sainte-Hélène, « territoire non autonome du Royaume-Uni ». A quelques pas du tombeau de l'Empereur, le musée de l'Armée présente, parmi 240 pièces, une table de billard qui joua un rôle dans la dictée du Mémorial de Sainte-Hélène, le testament, le lit de mort, le chapeau de paille comme d'insolites leçons d'anglais que Napoléon prit auprès d'Emmanuel de Las Cases.

« Si Jésus-Christ n'était pas mort sur la croix, il ne serait pas Dieu », déclara avec son orgueil coutumier Napoléon à Montholon. René Magritte s'inspira de cette pensée pour revisiter avec poésie le masque mortuaire de l'Empereur. Cette exposition rappelle ce qui fait la singularité de l'aventure napoléonienne : depuis deux cents ans, histoire et mémoire ne font qu'un.

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire jusqu'au 24 juillet au musée de l'Armée, Paris.

Par Bruno Calvès