Quand l'affiche s'engage

L’exposition « Internationales Graphiques » organisée par la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) propose d’explorer l’engagement politique et social des graphistes dans les années 1970-1990 à travers une collection d’affiches exposée à l’hôtel national des Invalides du 17 février au 29 mai 2016.

« “Changer le monde” n’est pas seulement synonyme de révolte ou de révolution. “Changer le monde”, oui, mais en le rendant beau, percutant ! Animés par cette conviction, de nombreux graphistes de divers pays se sont d’abord trouvés au rendez-vous des grandes mobilisations internationales qui marquent ces années [1970-1990] : contre le colonialisme, les dictatures, le racisme, pour le pacifisme et les droits de l’homme. Et peu à peu, leur production s’est montrée solidaire de celles et ceux qui subissent les injustices du quotidien, les inégalités sociales de toutes sortes, partout dans le monde. C’est ce basculement que les affiches nous font voir. » écrit Jean-François Balaudé, président de l’université Paris-Ouest-Nanterre, dans le catalogue de l’exposition Internationales Graphiques. En effet, dans le sillage des mouvements de révolte étudiante de 1968 puis, dès 1969, des protestations contre la guerre du Vietnam, les années 1970 marquent une période de fortes mobilisations internationales notamment contre l'apartheid ou les dictatures latino-américaines. Dans les années 1980 de nouveaux motifs de combat aparaissent : l'écologie, le droit des femmes, les inégalités sociales et celles de minorités. Dans ces contextes, de nombreux graphistes décident de faire coïncider leur vision du monde et leur production en répondant aux commandes de partis politiques, d’associations, de syndicats… désireux de faire appel à des artistes pour réaliser leurs affiches. Pour ces graphistes engagés il s’agit d’une période faste qui se termine au début des années 1990 lorsque leurs commanditaires les délaissent pour faire appel à des agences de communication ou à des publicitaires.

Issues en majorité des collections de la BDIC et de l’Institut national d’histoire sociale d’Amsterdam, les affiches proviennent de nombreux pays européens, mais aussi de Cuba et des États-Unis. Cette approche transnationale permet de mettre en avant la circulation des influences graphiques, des motifs utilisés et des thèmes traités. Par exemple, la colombe de la paix ou de la main tendue contre le racisme sont souvent déclinés. Le chapeau traditionnel vietnamien, le Non la, s’impose ainsi dans les esprits comme un des symboles de la contestation de la guerre du Vietnam.

En matière de circulation des influences artistiques, les publications ont joué un rôle majeur. Particulièrement mise en avant dans l’exposition, la revue de propagande La Pologne, traduite dans de nombreuses langues, sert de tribune à l’exportation de nouveaux styles. Les étudiants en arts graphiques profitent d’échanges internationaux pour venir se former aux Beaux-Arts de Varsovie où ils sont très nombreux à suivre l’atelier de Henrik Tomaszewski l’un des maitres les plus influent de son époque.

Malgré ces échanges artistiques et ces influences communes, les sensibilités et les formes d’engagement ne sont pas uniformes. Le Push Pin Studio, créé aux États-Unis dès 1954, privilégie l’artistique au politique. En France, le collectif Grapus créé en 1970, fortement marqué par l’enseignement de Tomaszewski, s’engage à gauche mais ne délaisse pas l’influence artistique du Push Pin Studio. En 1977, les Néerlandais de Wild Plakken font de l’engagement politique le cœur de leur démarche. Enfin, certains décident de travailler seuls comme Alain Le Quernec en Bretagne.
Dans les années 1990, la raréfaction des commandes politiques, le développement d’autres supports de communication et de mobilisations marquent la fin d’une époque florissante pour l’affiche engagée.

 

Internationales Graphiques. Collection d'affiches politiques 1970-1990.
Du 17 février au 29 mai 2016
Hôtel national des Invalides
Cour d'honneur, 75007 Paris

Par Julia Bellot