Lore Krüger, la photographe exilée

Du 30 mars au 17 juillet, l’exposition « Lore Krüger : une photographe en exil » se tient au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, à Paris et propose de découvrir les clichés et la vie de cette photographe peu connue.

En 1941, fuyant l’Europe en guerre, Lore Krüger débarque à New York. Avec d’autres exilés, elle participe à la création de The German American. Dans cette revue antifasciste écrivent de nombreux intellectuels allemands opposés au nazisme comme Heinrich Mann, Bertold Brecht ou Anna Segher. Photographe et polyglotte, Lore Krüger réalise des portraits mais également des traductions. C’est l’aboutissement d’un parcours d’exil qui débute en 1933, suite à l’élection d’Hitler à la chancellerie. Juive, Lore Krüger quitte alors l’Allemagne à l’âge de 19 ans pour se rendre à Londres où elle commence à pratiquer la photographie.

Après des séjours à Barcelone et à Palma de Majorque, la jeune femme s’installe à Paris, en 1935, pour perfectionner son art auprès de Florence Henri, figure de l’avant-garde parisienne. A ses côté, elle travaille notamment le rendu des textures et des formes, mais elles divergent sur un point, comme Lore Krüger l’explique dans son autobiographie : « Pour ma part, je souhaitais observer la vie et la capturer avec mon appareil. C'est justement ce à quoi Madame Henri se refusait. La triste réalité de la misère criante qui régnait dans les rues et dans les sombres immeubles de la vieille ville était taboue pour son appareil photo, et à cet égard je ne voulais pas la suivre, cela ne correspondait pas à ma vision du monde. L’art était au cœur de mes préoccupations, tout tournait autour de lui, mais la politique occupait une place de plus en plus importante dans ma vie. ». Alors que son travail de photographe se compose en grande partie de scènes de la vie quotidienne et de compositions purement artistiques, sa vie est fortement liée aux grands évènements politiques de la décennie. A Paris, elle s’implique déjà dans les milieux antifascistes allemands, soutient les Républicains espagnols contre Franco en aidant à récolter des fonds et s’applique à informer l’opinion publique française sur les dérives du nazisme et la situation en Allemagne.

En 1936, en Espagne, elle a l’occasion de photographier un village républicain après le passage des troupes franquistes, c’est une expérience qui la marque beaucoup : « Jamais je n’oublierai l’odeur de cadavres qui avait envahi ce lieu entièrement déserté. Les habitants l’avaient quitté précipitamment, toutes les portes étaient ouvertes. Les cadavres de jeunes hommes jonchaient les rues. Les troupes de Franco les avaient arrosés d’essence et brûlés. Jamais je n’oublierai ce spectacle. J'étais bouleversée mais je me dis : tu dois prendre des photos, tu ne dois penser à rien d’autre ! ». Malheureusement, ces clichés ont été perdus. Ils étaient les seuls, dans l’œuvre de Lore Krüger, à montrer la guerre et ses atrocités. L’exposition propose donc des séries de portraits (des indigents des quais de Seine, des exilés à New York…), des nature mortes, des photogrammes, mais aussi un reportage réalisé lors du pèlerinage des Gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer en 1936.

Ressortissante allemande, elle est internée dans un camp du Sud de la France en 1940 suite à la signature de l’armistice obligeant le pays à livrer au IIIe Reich les réfugiés politiques allemands ou autrichiens présents sur son sol. Mais elle réussit à s’échapper et à embarquer pour New York.

La guerre terminée, Lore Krüger rentre en Allemagne et s’installe à Berlin-Est où elle doit abandonner la photographie pour des raisons de santé. Découverte à Londres, exercé en France, en Espagne et aux Etats-Unis, la photographie aura donc accompagné son exil et prit fin avec lui.

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"Lore Krüger. Une photographe en exil 1934-1944"
Du 30 mars au 17 juillet 2016
Musée d'art et d'histoire du Judaïsme
Hotel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, Paris IIIe
Informations sur www.mahj.org
ou au 01.53.01.86.65

Par Julia Bellot