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Marguerite et Hadrien

A Bavay, une exposition sensible fait dialoguer l'académicienne et son empereur préféré.

Dans Les Yeux ouverts (1980), un essai constitué d'entretiens accordés à Matthieu Galey, Marguerite Yourcenar explique simplement sa fascination pour Hadrien, qui structura administrativement l'Empire romain au IIe siècle ap. J.-C. : « C'est la villa Hadriana qui a été le point de départ, l'étincelle, quand je l'ai visitée à l'âge de 20 ans. » En effet, en 1924, alors qu'elle accompagne son père en voyage en Italie, elle se rend dans la demeure construite par l'empereur à Tivoli dans la campagne romaine. Une révélation pour la jeune fille qui, quelque temps auparavant, avait déjà consacré un poème à l'amant de l'empereur, Antinoüs. Mais entre la naissance de cette passion et la publication des Mémoires d'Hadrien en 1951, il s'écoule plus d'un quart de siècle.

« Écrit tout entier, puis jeté au panier, repris, puis abandonné plusieurs fois, ce livre, ou plutôt ce projet de livre, m'accompagna en Grèce pendant des années ; mes recherches, mes lectures ne cessèrent jamais de s'y reporter, même au moment où je m'étais découragée de l'écrire », raconte Marguerite Yourcenar dans la revue Avanguardia.

C'est justement par ce processus créatif laborieux des Mémoires que débute l'exposition installée à Bavay dans le musée jouxtant les vestiges - cryptoportique, temple et basilique - du forum antique de l'ancienne Bagacum Nerviorum fondée sous le règne d'Auguste.

A travers les albums patiemment constitués de photographies et de cartes postales de statues romaines, de tapuscrits annotés, le visiteur découvre le travail de documentation et de maturation nécessaire à l'écrivain pour « se transporter en pensée à l'intérieur de quelqu'un » et imaginer les réflexions de l'empereur au crépuscule de sa vie.

Voyageur, bâtisseur, politique, esthète et mécène des arts et de la culture hellénique, chacune des facettes de la personnalité d'Hadrien - mais aussi certains aspects de la société romaine du IIe siècle ap. J.-C. comme la médecine, l'éducation ou la religion - est exposée. Sont présentés textes et cartes explicatifs ainsi que bustes, statues, monnaies, bijoux ou objets du quotidien (encrier, lampe, tablettes) issus des collections du Louvre, du British Museum, de la villa Hadriana ou des musées des antiquités de Toulouse et de Lyon auxquels répondent des extraits des Mémoires. Dans un dialogue stimulant et permanent entre littérature, histoire et archéologie, l'exposition « Marguerite Yourcenar et l'empereur Hadrien, une réécriture de l'Antiquité » propose d'aller de la fiction à la réalité, de partir de l'empereur romanesque pour mieux retrouver l'empereur historique.

Comme une preuve du lien qui unit désormais Hadrien à Marguerite, on y voit l'aureus d'Hadrien, une pièce d'or montée en pendentif que Marguerite Yourcenar portait le 22 janvier 1981 lors de sa réception à l'Académie française. Devenue immortelle, l'écrivain rejoint dans l'éternité l'empereur divinisé.

Marguerite Yourcenar et l'empereur Hadrien, une réécriture de l'Antiquité jusqu'au 30 août au Forum antique, Bavay (59).

Par Olivier Thomas